La petite histoire de la Nouvelle-Acadie

Le 8 février 1766, une poignée d’Acadiens réunis à Boston demandent d’être transportés au Canada.

Quelques jours plus tard, le gouverneur du Massachusetts, Francis Bernard, autorisa que deux Acadiens soient engagés comme messagers pour la somme de vingt Livres sterling, afin d’aller porter la requête des Acadiens au gouverneur Murray, à Québec. Ce  fut nul autre que les frères Étienne et Joseph Hébert qui furent choisis pour cette expédition. Ils partirent, avec la lettre du gouverneur Bernard (la requête des Acadiens), datée du 25 février 1766, en raquettes, et prirent divers sentiers pour se rendre de Boston à Albany, pour ensuite remonter la rivière Hudson gelée. Ils marchèrent sur le lac Champlain gelé en direction de la rivière Richelieu pour se rendre à Québec. Cette expédition était d’une distance d’environ 885 km et fut d’une durée d’environ deux mois.

Ensuite, le gouverneur Murray envoya une lettre au gouverneur Bernard, en date du 28 avril 1766. Joseph Hébert repartit seul, sans son frère, en direction de Boston. Il semble qu’il aurait embarqué à bord d’un bateau au port de Québec. Ce dernier aurait fait escale à Halifax, pour ensuite se rendre à Boston. Dans The Boston-Gazette, and Country Journal daté du 26 mai 1766, on peut lire que le capitaine du sloop Swallow, Nathan Atwood, venait tout juste d’arriver d’Halifax, plus précisément en date du 21 mai, avec les négociants M. James Stillson et M. Wales, ainsi que le marchand M. Cook. Joseph Hébert aurait donc vraisemblablement fait le voyage dans ce navire. C’est avec enthousiasme qu’il annonça la bonne nouvelle, c’est-à-dire que les Acadiens seront les bienvenus au Canada s’ils prêtent le serment d’allégeance absolue.

Quelques jours plus tard, soit le 2 juin, les Acadiens rédigèrent une liste afin de confirmer leur demande d’émigrer au Canada. Près d’un mois plus tard, le premier bateau, le Polly du capitaine Benjamin Torrey, quitta le port de Boston en direction de Québec. Quant à Étienne Hébert, il était resté à Québec pour préparer et organiser l’arrivée des Acadiens au port de Québec. Le premier bateau en provenance de Boston arriva le 31 août 1766.

Le 16 octobre 1766, dans une lettre à l’évêque de Québec, Mgr Briand, le père Degeay affirme avoir accueilli douze ou treize familles acadiennes, d’environ 80 personnes, qui arrivaient de Nouvelle-Angleterre. Ils étaient précisément 89 personnes. Puis, un autre contingent d’Acadiens arriva à L’Assomption en 1767. Voici un aperçu de ce que les Acadiens vécurent en cette année, selon le témoignage du père Jacques Degeay, que l’on retrouve dans sa lettre adressée à Mgr Briand, datée du 31 décembre 1767 :

J’ai reçu avec beaucoup de joye et plaisir toutes les familles acadiennes que vous m’avez adressées. La majeur partie fut cabanée tout autour du Portage, en attendant qu’ils (les Acadiens) puissent aller s’établir sur les terres qui leur ont été concédées; je voudrais pour le bien de leurs âmes, qu’ils y fussent déjà, et, je suis dans la disposition de tout sacrifier pour les y suivre. J’en ai aux environs de cinquante familles dont je suis fort content. Je n’ai rien négligé jusqu’à présent pour leur procurer les faveurs spirituelles qu’ils pourraient attendre de moy; j’ai fait faire ces jours derniers, la première communion à vingt-cinq; rien n’a été plus édifiant ni plus touchant.

La plupart de ces derniers faisaient partie des 240 passagers du brigantin Pitt qui avait quitté New London, Connecticut et qui arriva le 31 juillet 1767 au port de Québec. Cet extrait fut publié une première fois dans The Connecticut Gazette, le vendredi 18 septembre 1767, et une seconde fois dans The Connecticut Courant, le lundi 28 septembre 1767 :

NEW LONDON, 18 septembre

Mardi dernier est arrivé ici le capitaine Richard Leffingwells à bord du brigantin Pitt, après 37 jours de navigation en provenance de Québec...... Il y transporta d’ici [au Connecticut], en juin dernier, 240 Français neutres. Il les a tous débarqués en toute sécurité à Québec, à l’exception d’une femme qui était malade et entièrement impuissante avant qu’il lève l’ancre. – Ils ont été bien reçus: – Comme on le voit par la suite dans l’extrait d’une lettre de Peter Preshon [Pierre Préjean], leur prêtre [un laïc désigné pour célébrer les mariages] (qui a voyagé avec eux), adressée au propriétaire du brigantin, à Norwich, datée du 8 août 1767, Québec.

L’abbé Jacques Degeay sulpicien, curé de Saint-Pierre-du-Portage (L’Assomption), obtient pour les Acadiens des concessions dans le bas du Ruisseau-Vacher et du Ruisseau Saint-Georges, dans la Seigneurie de Saint-Sulpice. C’est le premier fleuron acadien à s’établir dans la région.

La forêt très diversifiée offre du « bois franc » qu’on équarrit à la hache pour en faire des charpentes, des tables et des chaises. Des « bois mous » : hêtre, peuplier, pin blanc qui deviendront, armoires, encoignures et sabot. Des sapins et des cèdres qui finiront en bardeaux pour couvrir les chaumières.

Pendant que les hommes abattent la forêt, les femmes et les enfants remuent la terre pour en tirer les légumes qui garniront la table, et combleront les caveaux pour mieux subsister au long hiver.

C’est en 1772 que l’on commence à nommer « Nouvelle Acadie » le territoire en voie de défrichement qui faisait partie de Saint-Pierre-du-Portage.  Aujourd’hui, ce vaste territoire porte les noms de : Saint-Jacques de l’Achigan, de Sainte-Marie-Salomé, de Saint-Alexis et de Saint-Liguori.

Ces municipalités ont conservé un sentiment inébranlable d’appartenance à l’Acadie de leurs ancêtres.

La Nouvelle-Acadie est plus vivante que jamais!

Source : André-Carl Vachon, Les Acadiens déportés qui acceptèrent l’offre de Murray, Tracadie-Sheila (Nouveau-Brunswick) : La Grande Marée, 2016, 320 p.

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